La nomination dans le cadre du traité de Lisbonne d’un Président du Conseil sans pouvoirs réels, et d’un quasi Ministre des Affaires Etrangères sans mission autonome, confère cependant à ces deux personnages un pouvoir médiatique, une liberté de parole qu’on ne pourra leur retirer. complètement sans aller contre l’esprit du nouveau traité.
La problématisation de la guerre et de la paix dans la crise financière globale n’est pas faite. Elle aurait dû conduire les états européens à reformuler des stratégies de protection, mais ces stratégies ont été condamnées à disparaître dans l’affaiblissement concerté des souverainetés étatiques. Remplacées par rien. Les deux nouveaux élus à la tête de l’UE ont ils qualité pour combler ce vide ?
Deux nominations sécuritaires ?
Flamand, Démocrate chrétien, premier ministre Belge, M. Van Rompuy personnalise la paix intercommunautaire belge, donc la paix interne des états membres et celle de l’Union entière On le nomme Président du Conseil des chefs d’Etat. Economiste travailliste britannique Mme Ashton symbolise l’attention portée aux questions sociales qui caractérise la plupart des postes occupés par elle antérieurement. On la nomme à la diplomatie extérieure de l’Union, malgré la non appartenance du Royaume Uni à la zone Euro et à Schengen. On aurait pu imaginer l’inverse, M. Van Rompuy à la diplomatie de l’Union et Mme Ashton à la Présidence pour donner au Conseil des Exécutifs un supplément d’âme sociale, qui lui fait juridiquement défaut. Mais la nécessité du double symbole des deux carrières antérieures des élus peut avoir un sens : on peut supposer que, dans le cadre de la crise économique et financière, le couple sera en charge de protéger l’Europe de la tension extérieure et des troubles civils : les deux faces de la non-guerre européenne.
Identité eurostratégique et crise
Certes, après l’effort sans précédent des gouvernements pour aider les Banques à surmonter une crise du crédit qui mettait en danger l’économie globale, on pouvait supposer qu’une révision fondamentale des stratégies et des méthodes d’évaluation financières et économique allait s’imposer.
Mais depuis la réunion du G-20, en septembre 2009, on voit que les élites financières, souveraines, n’ont pas opté pour cette révision : la spéculation sur les dettes risquées à repris, ce « retour à la normale » présage un retour de la crise. Les entrepreneurs globalisés, en Europe comme ailleurs, échappent en effet aux contrôles, naguère exercés par l’Etat Hobbesien, pour éviter la « guerre de tous contre tous ». la comparaison banalisée avec la crise de 29 (menant au fascisme et à la guerre mondiale), aurait mérité un débat démocratique approfondi et des actions volontaristes. Personne n’est en charge de ce thème.
La dérégulation est belligène
Or aucune institution nationale moyenne n’a plus la masse critique voulue pour influencer l’avenir. La non-régulation est arrivée à un degré où les catastrophes économiques sont des catastrophes sociales qui ne pourront être traitées en temps utile que par interventions macro-économiques de macro-états ou, trop tard, par répressions internes-externes avec fusion des missions militaires et policières.
Hors d’Europe, certaines situations ont déjà l’échelle et le faciès d’un crime contre l’humanité, un crime systémique, sans que des coupables individuels puissent faire l’objet d’une mise en accusation, et qui engendrera violences et guerres.
Avec 500 millions d’habitants, l’UE est donc en manque d’institutions, en retard d’identité, si l’on peut dire, sur les autres conglomérats souverains : les Etats-Unis 300 millions , la Chine de 1,3 milliards, l’Inde plus d’un milliard. Elle n’a toujours pas de constitution politique qui obligerait à un débat fondamental sur la sécurité interne-externe dans une stratégie adaptée à sa culture à son voisinage et aux libertés dues à son poids.
Deux Gardiens de l’Europaix
Le Président du Conseil des ministres et la Haute Représentante pour les affaires étrangères sans pouvoirs décisionnels, auront donc à intégrer dans leur discours l’expression de ce manque, et éventuellement à le combler, par des propositions car ce qui est en cause c’est l’essence de l’Europe : son caractère original : la paix. La paix interne, la paix intercommunautaire, la paix entre les Etats et la paix aux frontière de l’Union.
Or la Paix Européenne, entre états nations n’est pas un rêve Kantien réalisé par des bureaucraties éclairées, c’est une valeur populaire, issue de l’horreur du XX° siècle des massacres ; c’est en tant que valeur populaire qu’elle peut encore produire des institutions et même faire tache d’huile.
Le retour actif aux guerres expéditionnaires des présidences de Bush, transformait la défense de l’Europe en un « Eurotan » unifié par les normes américaines, se passant d’ONU et pressé, par le leader, de contribuer à des opérations extérieures offensives. Sous commandement américain, appuyés sur des mercenaires surpayés pour des missions « bavures comprises » ces guerres sont purement destructives. La poussée croissante de l’immigration clandestine venue des zones des conflits et de dégradation écologique du Sud, promettent des troubles en Europe. Mais les gouvernements myopes espèrent que la misère menaçante, surtout si on l’attribue à l’afflux de la misère du sud, peut instituer l’insécurité en instrument de soumission. Ce n’est déjà plus la paix. Un sursaut contre ce « néolibéralisme de guerre » a eu lieu aux Etats-Unis. Mais, on voit au bout de dix mois qu’ Obama est contraint de s’adapter et de mettre, au centre de son dispositif « pacifique », la relance de la guerre AFPAK, fort mal partie. Il semble impuissant à mettre Israël au pied du mur et à forcer le retour des négociations, en pesant sur le plus fort et non sur le plus faible. Il renonce à la paix au Moyen Orient.
Quelle que soit la mollesse de l’UE, la création par le traité de Lisbonne des deux Hérauts de l’identité européenne, peut obliger à traiter ces sujets sous peine de mort de l’Union.
publié le 2009-11-30 19:08:18, par Alain Joxe