CIRPES - Centre Interdisciplinaire de Recherches sur la Paix et d'Etudes Stratégiques
---------------------------
<naviguer>
---------------------------

Le débat stratégique

L’équipe

Les Cahiers d’études stratégiques

Le débat stratégique n° 111-112 sept-nov 2010

Débat strategique n°115

Le débat stratégique N° 102 - Mars 2009

Le débat stratégique N° 90 - Avril 2007

Le débat stratégique n° 100 -Novembre 2008

Le débat stratégique N° 101 - Janvier 2009

Le débat stratégique N° 103 - Mai 2009

Le débat stratégique N° 104 - Juillet 2009

Le débat stratégique N° 105 - Septembre 2009

Le débat stratégique N° 106 - Novembre 2009

Le débat stratégique N° 107 - Janvier 2010

Le débat stratégique N° 108 - Mars 2010

Le débat stratégique N° 109 - Mai 2010

Le débat stratégique N° 110 - Juillet 2010

Le débat stratégique n° 79 - Mars 2005

Le débat stratégique n° 80 - Eté 2005

Le débat stratégique n° 81 - Septembre 2005

Le Débat stratégique n° 82 - Novembre 2005

Le débat stratégique n° 83-Janvier 2006

Le débat stratégique n° 84-Mars 2006

Le débat stratégique N° 85 Mai 2006

Le débat stratégique N° 86-Juillet 2006

Le débat stratégique n° 87 Septembre 2006

Le débat stratégique N° 88-Décembre 2006

Le débat stratégique N° 89-Janvier 2007

Le débat stratégique n° 91 Mai 2007

Le débat stratégique n° 92 Juillet 2007

Le Débat stratégique N° 94 Novembre 2007

Le débat stratégique n°113

LE DEBAT STRATEGIQUE n°114 - 2012

Le Débat stratégique n°117

Le Débat stratégique N°93 Septembre 2007

Le débat stratégique N°95-Janvier 2008

Le débat stratégique N°96- Mars 2008

Le débat stratégique N°97 Juin 2008

Le débat stratégique N°98 Juillet 2008

Le débat stratégique N°99 Septembre 2008

---------------------------
<dans la même rubrique>
---------------------------

EDITO - Alain Joxe - Le droit à l’insurrection

Amer Eldebek - Liban : un nouveau champ de bataille ?

Alexis Baconnet - La Chine et la guerre hors limite

Alain Joxe - L’armée française ne veut pas s’entraîner à la guerre civile de banlieue ?

Alain Joxe - L’OTAN et la guerre hors limite

RELECTURE - Brouillage sécuritaire du rapport Bauer

LECTURE - Emeutes terrorisme guérillas - Violence et contre-violence en zone urbaine-Général Loup FRANCART, PIROTH Christian

LECTURE - Hacène BELMESSOUS

Yves Lacoste [Entretiens avec Pascal Lorot]

DOCUMENTS ANNEXES


Bienvenue > Le débat stratégique > Le débat stratégique n° 111-112 sept-nov 2010 > Alain Joxe - Une « Théorie du Liban » ?

ARTICLE

Alain Joxe - Une « Théorie du Liban » ?

Faire « une théorie du Liban, » implique de créer une branche des sciences politiques qu’on appellerait hâtivement « études des micro-balkanisations suspendues ».

Par Alain Joxe, 13 décembre 2010

Faire « une théorie du Liban, » implique de créer une branche des sciences politiques qu’on appellerait hâtivement « études des micro-balkanisations suspendues ». La libanisation serait à considérer comme un concept, et non pas un cas unique. En effet, il y a au moins deux "libanisations" en cours dans le Proche-Orient : le Liban et la Palestine ; ce sont des phénomènes post-impériaux : ces territoires ont été soumis à des mode de gestion qui doivent beaucoup au savoir faire ottoman, puis au savoir faire respectivement impérial français et impérial britannique qui diffèrent. Le sort du mandat britannique de Palestine et celui du mandat français du Liban diffère profondément.

DEUX « LIBANISATIONS » AU PROCHE ORIENT : Liban, Palestine

• Quand les Anglais s’en vont, chassés par les peuples, la situation tourne au génocide ou au démocide car ils ont tout construit autour de la médiation « laïque » de la couronne entre les communautés pré-impériales potentiellement ennemies. Cet équilibre qui crée la paix du Commonwealth, déclenche, au départ de la couronne, une sécession sanglante. Le modèle des Sécessions post britanniques fonctionne à toutes les échelles : Micro : PALESTINIENS : juifs/arabes CHYPRIOTES :grecs/turcs. Meso : IRLANDAIS : protestants /catho ; CEYLAN : Cinghalais-bouddhistes -Tamouls hindouistes Macro : INDIENS : Inde/Pakistan).

C’est donc un trait qualitatif, de l’empire britannique, un modèle « fractal » qui se reproduit comme un motif décoratif à toutes les échelles. La devise romaine « diviser pour régner » est valable pour tous les empires ; mais en général « on » choisit un mode de division militarisable. Or la religion, plus même que la langue, peut servir face à la mort, de petite patrie militaire ; d’où massacres identitaires .

• Quand les Français s’en vont, chassés par les peuples, en général battus dans des « batailles décisives » et reconnaissant la souveraineté de l’ennemi ex « terroriste » par des négociations de paix, ils laissent un autre type de système post-colonial. Le modèle républicain laïc démocratique (et corrompu). • Au Liban le départ des Français s’est fait, sans guerre de décolonisation, pendant la 2° Guerre mondiale, à partir de la France Libre. L’Etat post-impérial doit quelque chose à l’empire ottoman, en particulier la prise en considération par l’état des communautés religieuses et linguistiques et leur traitement comme statuts fiscaux et urbains « préimpériaux » engendre une culture électoraliste adaptée au système préindustriel des communautés. Le Liban fut un carottage de la Grande Syrie, par détachement d’un territoire, dans lequel les chrétiens, divisés peuvent former une majorité relative face aux musulmans également divisés. Cette pluralité complexe institutionnalisée avant la disparition de l’Empire Ottoman au départ pour maintenir la prééminence virtuelle de la communauté maronite, représente aussi des régionalismes et des appartenances de classes, non-clandestines ; un système compliqué mais transparent, à la fois républicain au sens laïc, communautaire au sens religieux, et démocratique au sens social, car il propose aussi un reflet des structures de classes : bref une complexité compatible, par négociations idéologiques, sociales, économiques, avec une convivialité "réelle".

Cette identité plurielle a souvent su maintenir, par vents et marée, la valeur de la livre libanaise grâce à la fidélité presque villageoise des diasporas marchandes répandues dans les espaces semi coloniaux du monde. Les élites grandes et moyennes forment alors une sorte de république marchande et les pauvres de tous bords, un peuple, à la fois enraciné et délocalisé sans perte identitaire dans une diaspora globale : Une aventure archaïque qui devient ultra- moderne, peut être exemplaire, dans le chaos de la globalisation.

Les casques bleus et la défense de la paix. Cette République s’est définie à la fois contre les assauts de la Syrie, refusant l’amputation ancienne (comme l’Iraq refusa dans la guerre du Golfe l’amputation du Koweit), et contre les assauts de l’autre mandat colonial, ex-britannique, la Palestine, devenue Israël, par occupation permanente israélienne. Le système israélien est un processus conquérant lent d’oppression-colonisation-expulsion de type américain (front pionnier génocidaire avançant dans la Prairie indienne réputée vide). Les doctrinaires de la conquête israélienne, qui annexent sans justification autre que leur besoin d’eau le plateau du Golan, territoire Syrien, ne cachent pas qu’ils pensent parfois encore, pour des raisons non moins aquatiques à une annexion du Liban jusqu’au Litani. La frontière entre Israël et le Liban devient le point nodal d’une défense de la paix au Moyen Orient, comme défense d’un état républicain non agressif, placé par l‘ONU sous protection des casques bleus français attaqué par un ex- mandat britannique expansionniste. Il ne s’agit pas de dire du mal d’Israël mais de préconiser sa stabilisation nécessaire, toujours en échec. Conformément à la position traditionnelle française, on considérera le Hezbollah non pas comme des terroristes mais comme des résistants fermant la frontière d’un territoire national internationalement reconnu..

ISRAEL : UN ANTI-LIBAN

Les Anglais ne laissent un pays en paix qu’en lui laissant un roi « à poigne » (Iraq, Jordanie) Cela peut arriver aussi au départ des Français : si, grâce à Lyautey (lui-même royaliste), on respecte et on maintient le royaume du Maroc comme empire chérifien (arabo-berbère). En tuant le roi (à la française) les pays ex-britanniques cherchent à rejoindre le modèle républicain jacobin (Kassem, le 14 juillet), et en Egypte Nasser). Le départ des Français n’est pas forcément brillant. Il a laissé la place, ici ou là une dictature militaire corrompue (Algérie) une dictature policière corrompue (Tunisie) et au Liban, par un pacte avec la France Libre, une république parlementaire qui résiste depuis trois générations à l’éclatement définitif dans une guerre civile intercommunautaire avec sécession et nettoyage ethnique, de modèle anglo-saxon. Israël est typiquement une libanisation britannique extrêmiste que j’appelle « démocidaire » ; le processus aboutit en effet à tuer le peuple palestinien, qui comprenait au départ une minorité juive, et une minorité chrétienne et a été détruit par le départ des Anglais abandonnant une partie indéfinie de la Palestine à la communauté juive fondant Israël L’Etat juif israélien (qui continue à contenir quelques citoyens arabes,) est l’ennemi du Liban car il est le contraire politique et stratégique de la pluricommunauté de l’état libanais.

CONCLUSIONS

1. Jusqu’à présent les peuples libanais, n’ont pas renoncé à rester une république pluri-communautaire démocratique et en paix malgré une longue occupation israélienne, qui chercha par des massacres, tolérés de la part des chrétiens extrêmistes de la Phalange, à rendre l’éclatement communautaire irrémédiable. L’état libanais a réussi malgré des tentatives de déstabilisation, à conserver son unité malgré l’existence de deux armées, Paradoxe apparent : C’est la milice populaire frontalière qui est chargée de la défense extérieure, et l’armée, de la sécurité interne, c’est à dire de la solidarité. Cette inversion des fonctions manifeste une habileté stratégique et politique des diverses « communautés », mais aussi un attachement populaire à la paix de bon voisinage, un bien vivre ensemble devenu patriotisme.

2. Le paradoxe absolu de la situation c’est qu’un tribunal créé par l’ONU puisse entraîner une guerre. Le défaut du tribunal, c’est d’être fondé sur le droit coutumier anglo-saxon ( procédure de vengeance réglée entre les mains de l’accusation). Du point de vue d’une doctrine française, le tribunal mêle et accumule dans le désordre les compétences du juge d’instruction, du parquet, des magistrats du siège, et du jury d’assise. Le rôle du jury d’assise, difficile dans une société communautarisable, est en ce moment joué aussi par le Conseil de défense issu de l’accord pluricommunautaire de Doha. Or refuse de voter. L’instruction qui dure des années affiche publiquement toutes les phases d’une hésitation évidemment lié au rapport des forces militaires locales et internationales et on est loin de la simplicité du jugement de Salomon. Comme dans le cercle de craie caucasien de Brecht, certains oligarques veulent sauver l’enfant et le coupant en deux..

3. En dépit de tout ce qu’on sait des exactions et des malheurs passés, le Liban reste la plus précieuse des républiques nés de la liquidation des empires, au Machrek Les Turcs qui sont en train de ressaisir une autonomie et une intelligence « ottomane » du Moyen Orient, pourraient s’en inspirer. Les israéliens aussi, un jour, mais l’heure n’est pas venue. Au Liban, malgré des lambeaux de fureurs identitaires, le passé est le passé. L’armée libanaise évite jusqu’à présent avec précision le piège mortel de l’éclatement démocidaire. En fait, l’ensemble peut être fondateur de paix, à condition de rester stratégiquement autonome sur ce carrefour ou se confrontent Iraniens Turcs Syriens et les Etats Unis sous l’oeil des casques bleus européens.

Alain Joxe



#

DOCUMENT ANNEXE

U.N. Indictments Near in Lebanon KillingWall Street Journal, 8 novembre 2010 (TRADUCTION d.s.)

Le tribunal soutenu par l’ONU qui enquête sur l’assassinat en 2005 de l’ex-premier ministre Libanais Rafik Hariri, s’oriente vers la mise en accusation d’entre 2 et 6 membres du Hezbollah d’ici la fin de l’année, selon des sources, bien informées du travail du tribunal, et manifestant à ce propos des craintes de voir de nouveau des combats sectaires déchirer cet état du Moyen Orient. Les Etats Unis ont fait des pieds et des mains pour renforcer leur appui au Tribunal ainsi qu’au gouvernement pro-occidental du Liban, face aux menaces de violences venant du Hezbollah au cas où des mises en accusation seraient déposées. Parmi ceux qu’on considère devoir être mis en cause par la procédure onusienne (selon la même source), il y a Mustafafa Badreddine, un commandant militaire important du Hezbollah, beau frère de Imad Mugniya qui fut parmi les personnes les plus recherchées par le FBI jusqu’à sa mort, il y a près de trois ans. Selon des sources officielles américaines, il aurait été l’organisateur d’une série d’attentats menés, dans les années 80, contre des intérêts américains au Liban, y compris l’attentat contre la caserne des Marines à Beyrouth qui coûta la vie à 241 hommes de troupe. Il fut tué en 2008 par une voiture piégée. Lui et son beau frère sont supposés avoir joué un rôle dans l’assassinat de R. Hariri.et de 22 autres personnes (en 2005) selon les mêmes sources. Dans leurs premiers rapports, les enquêteurs de l’ONU affirmaient que les services de Renseignements Syriens avaient joué un rôle dans l’assassinat une accusation que Damas a repoussée. A l’époque la Syrie déployait 15.000 hommes au Li ban et supervisait virtuellement toute la sécurité de Beyrouth, en coordination étroite avec le Hezbollah. En 2005, la cour avait ordonné la détention de quatre généraux Libanais qui travaillaient de très près avec les Syriens mais dut les libérer l’année suivante faute de preuves suffisantes pour les maintenir en détention quoique leur mise en accusation puisse être renouvelée ultérieurement. Au cours des derniers mois, cependant, des personnalités officielles syriennes ont appelé à mettre fin au tribunal de l’ONU et du coté américain on a publiquement accusé Damas de livrer au Hezbollah de plus en plus de missiles sophistiqués.

 


Imprimer cet article

Cet article au format PDF logo DOCUMENT 47
Théorie du Liban

  [Haut de page]