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Chronique de la guerre AFPAK. Leadership américain ou chaos impérial : limogeage du Général McChrystal.
Chronique de la guerre AFPAK. Leadership américain ou chaos impérial : limogeage du Général McChrystal.
Par L’équipe du Débat Stratégique,
20 juillet 2010
Interview McChrystal
C’est la faute du volcan islandais
L’interview du Général McChrystal semble avoir été d’abord improvisée par le hasard d’une rencontre d’aéroport avec l’équipe rédactionnelle du magazine rocker Rolling Stones , dans les salles d’attentes bondées, lors des interdictions de vols dues au nuages de cendres du volcan islandais. Mais ensuite, son texte a été longuement élaboré, et relu pour publication. Le Président OBAMA lui-même y est décrit comme « intimidé par les militaires », vu sa génération - qui n’a rien connu des questions de guerre ; le vice Président BIDEN et le Général (R) JONES, conseiller présidentiel pour la National Security, l’ambassadeur HOLEBROOKE négociateur AFPAK sont plutôt ridiculisés. La substance de l’échec de la guerre et des négociations est à l’arrière plan mais une critique militaire ou politique. n’est pas précisée (cf. extraits traduits sur notre site cirpes.net)
Limogeage de McChrystal rétrogradation d’urgence de Petraeus
En Afghanistan le General McChrystal, est donc limogé le 23 juin, pour critiques et impertinences graves contre la direction civile de la guerre afghane, publiées par le magazine Rolling Stones. Le ton, celui d’un enfantillage, n’est pas celui d’un général commandant en chef d’une armée américaine et d’une coalition dite « OTAN » menant activement une guerre dite « AFPAK » ébranlant l’ensemble du Grand Moyen Orient, et donc l’Inde, la Chine, la Russie, L’Iran, la Turquie et l’Union Européenne. On le remplace haut le pied par son supérieur le Général Petraeus, quatre étoiles, commandant du CENTCOM ; ex-commandant en chef en Iraq, il mit en oeuvre la montée en puissance des effectifs, le surge iraquien appuyé sur son COIN Field Manual , fixant les nouvelles règles d’un combat contre insurrectionnel, épargnant les populations civiles, et visant a une solution politique locale - doctrine tirée curieusement d’une version idéalisée de l’école française de la guerre d’Algérie (Galula, Trinquier). Le Général Petraeus, évidemment compétent, est en quelque sorte rétrogradé d’urgence pour combler le vide. L’intention de ce dérapage reste difficile à interpréter.
L’affaire révèle certainement l’intensité dans l’armée américaine d’un malaise dû à la situation critique, voire sans espoir, diagnostiquée par bon nombre de militaires sur le terrain, soit par les tenants de la manière forte datant de Bush, soit par la gauche démocrate fondamentalement critique de la guerre d’Afghanistan. La publication intervient en peine phase de préparation d’une l’offensive d’été, repoussée à septembre, liée au surge afghan (augmentation des effectifs américains qui n’a été encore en juin, que de 21.000 hommes et doit atteindre 30.000 hommes en août) Cette action est proclamée décisive pour le ramollissement des Talibans et le timing prévu, pas trop tardif d’un retrait progressif des troupes de la coalition « OTAN », lié au succès de la négociation.
Soutiens à McChrystal : Karzai, Robert Gates et Hillary Clinton
Le limogeage brutal inévitable (évoquant, aux Etats Unis, celui de Mc Arthur par Truman pendant la guerre de Corée) était d’autant plus indispensable pour restaurer l’autorité présidentielle, que McChrystal, restait vivement soutenu par Hillary CLINTON et Robert GATES, Secrétaire à la Défense, qui avait lui même renvoyé un an auparavant le Général McKIERNAN. En outre le président Afghan KARZAI, entre la publication et le limogeage, fit l’éloge public de McChrystal, à la fois comme auteur du freinage des « bombardements à bavures » et comme soutien robuste, par sa présence protectrice, aux meetings hors Kaboul de la campagne présidentielle. Karzai dans son éloge déclarait aussi que McChrystal avait « particulièrement bien réussi auprès des alliés européens de la coalition (qui étaient dans l’ensemble convaincus d’avance de la préférence à accorder à l’école nouvelle). Protéger le commandant américain contre l’ire de l’exécutif [1] est une intromission bizarre pour un allié sous occupation, surtout quand on connaît les compromissions avec le narcotrafic taliban ou non et autres détournements dont est crédité le président candidat afghan, dans les conditions très spéciales de la « démocratisation » afghane ab initio.
Ralliement de la doctrine COIN aux principes de la doctrine française
L’attitude « suicidaire » du chef des armées américaines d’Afghanistan reste une énigme, car il est avéré que McChrystal a bien œuvré constamment à la mise en oeuvre de la nouvelle doctrine, celle qui conduit à modérer les appuis aériens, demandés auparavant dès le moindre accrochage, pour éviter les actions provoquant des pertes dans la population civile ; elle a été imposée de manière volontariste aux troupes américaines. Elle exige aussi des détachements au combat une retenue dans la riposte, contraire aux traditions « antiterroristes », qui poussaient à tirer dans le tas à tuer tous les adversaires, au besoin leurs soutiens civils, complices.
La crise au sommet du commandement de la coalition, fait désordre et n’est nullement rassurante pour l’avenir de l’expédition américaine à laquelle participent les unités françaises à un rang évidemment complètement subordonné, qui s’efforçaient d’ailleurs depuis le début, de donner à leur présence la forme d’une mission de reconstruction exigée par la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU à l’origine de l’envoi des troupes. Or, malgré la volonté précise du président Obama de maintenir sa ligne stratégique, on sait que c’est l’application de cette doctrine qui est aujourd’hui mise en cause. McChrystal lui-même aurait semble-t-il souhaité de la mise en oeuvre du surge soit nettement plus rapide. Mais en outre, selon de nombreux témoignages, beaucoup de militaires américains, s’exprimant sous condition d’anonymat, considèrent que le surge afghan a été trop lent et que la nouvelle doctrine conduit à une augmentation des pertes. On devrait selon certains « choisir entre complaire au Président afghan et aux Talibans » et « protéger les vies des soldats américains »
Les contre-arguments soulignent qu’en Iraq aussi, le surge s’était accompagné de pertes plus nombreuses, mais que c’était aussi le prix du succès de la négociation qui suivit et parvint à détacher certaines milices sunnites de l’alliance avec Alqaida, et améliorer la situation dans les villes.
La composante AFPAK et l’autonomisation pakistanaise
dans les négocialtions avec Karzai le Pakistan et les Talibans
Toutefois, le « succès » relatif du surge iraquien étant ce qu’il est (peut être sans lendemain vu la situation de nouveau chaotique en Iraq) il est tout à fait caractéristique en l’absence de pensée stratégique américaine, d’exhiber une croyance dans des recettes, plutôt qu’une analyse des rapports de forces. L’Iraq n’est pas l’Afghanistan, et surtout pas l’AFPAK. La complexité afghane est suffisamment spécifique pour devenir, dans un contexte de négociation, la source de diverses autonomies qui sont différentes de celles qui surgirent en Iraq.
La crise McChrystal devient l’occasion d’un « déballage » qui exhibe la complexité et les compromissions diverses dans lesquelles les Etats Unis paraissent entraînées, à la fois par leur volonté d’en finir et par le début d’une autonomie de la négociation nouée entre Karzaï et les Pakistanais. Le chef de l’Armée Pakistanaise le General Ashfaq Parvez KAVANI, estime qu’ils « préféraient McChrystal , plus militaire, à Petraeus, plutôt politique ». Au cours d’un briefing tenu au siège des services spéciaux la semaine dernière et dont le contenu à été connu, les militaires pakistanais estimaient que « la campagne militaire américaine en Afghanistan n’aboutirait pas à un succès »
Des officiels pakistanais laissent entendre qu’ils sont à même de faire entrer dans la négociation le principal réseau taliban celui de Sirajuddin Haqqani.- qui est l’auteur de toutes les dernières attaques terroristes à Kaboul. Ce qui suggère que le Pakistan prenne en main sans accord de Washington les enjeux d’une négociation de paix qui lui serait propre [2].
Cette perte de contrôle explique que le pessimisme continue donc d’être la vision principale de cette guerre et permet de comprendre la démoralisation des militaires de terrain devant ce chaos et peut être de McChrystal lui même, qui fit jusqu’à 11 allers et retours au Pakistan en un an.
Violente critique
de l’extrême droite militaire
En décembre 2006, critiquant l’Iraq Study Group bipartisan, dit « Hamilton Baker » le columnist militaire du journal d’extrême droite New York Post, Ralph PETERS écrivait de sa plume acérée :
Finalement le personnage biblique qui évoque le mieux Jim BAKER n’est pas à prendre dans la séquence de la Nativité, mais à la fin des Evangiles : Baker ressemble à Ponce Pilate en ce qu’il veut se débarrasser de ces affreux petits problèmes locaux en imaginant qu’en se fondant sur quelques injustes trafiquants de pouvoirs locaux, il peut sauvegarder les intérêts de l’Empire. La différence c’est que Ponce Pilate voulait juste se débarrasser d’un ennui, tandis que Baker voudrait se laver les mains dans le sang de nos soldats. [3]
[1] “ The president of Afghanistan announced his confidence in General Stanley McChrystal - he has been a very effective and very integrated commander of ISAF and NATO said Mr. Waheed Omar, Mr. Karzai’s spokesman., and he has increased the level of trust between our international partners and the Afghan people. We are at a very sensitive point and any gap in this process will not be helpful.” Cf. « Afghan Leaders Defend McChrystal », IHT, June 23, 2010.
[2] CF. Janes PERLEZ, Eric SCHMITT, Carlotta GALL, « Pakistan is said tro pursue a foothold in Afghanistan » International Herald Tribune, 24 juin 2010
[3] Ralph PETERS December 7 New York Post column : In the end, the biblical figure who best reflects Jim Baker, doesn’t come from the Nativity sequence, but from the end of the Gospels : Baker resembles Pontius Pilate in wanting those bedeviling local problems to go away and in imagining that, by caving in to unjust local powerbrokers, he can safeguard the empire’s interests.
The difference is that Pilate just wanted to wash his hands of an annoyance, while Baker would wash his hands in the blood of our troops.
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