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Prolifération nucléaire ou retour au désarmement général (Alain Joxe)

Par Alain Joxe, 9 octobre 2009

Le « danger nucléaire iranien » remplit les médias d’une manière stratégiquement irrationnelle, comme si la politique d’acquisition des techniques d’enrichissement de l’Uranium pouvait être assimilée à une menace de génocide par salve nucléaire proche. C’est sous la poussée de la « crainte de la prolifération » que la simple suspicion de prolifération de l’Iran, signataire du TNP (et qui ne l’a jamais dénoncé), paraît équivalente à un danger réel de guerre nucléaire. Ce qui est une sottise. Obama a parfaitement raison de chercher à réduire cette tension fantasmatique par la négociation. Il est en train d’y parvenir. Mais ce devrait être l’occasion d’une analyse stratégique encore plus précise. Prolifération nucléaire et menace asymétrique La tentation de la prolifération nucléaire est suscitée par deux facteurs de dissymétrie :
-  D’une part par le maintien de, la part des cinq états nucléaires signataires du TNP (US, Russie, Chine France Grande-Bretagne) et des trois états nucléaires non signataires (Inde, Pakistan, Israël) d’une menace nucléaire asymétrique virtuelle sur le reste du monde. C’est L’absence de Désarmement nucléaire des puissances dominantes qui suscite ainsi la tentation d’un recours à la dissuasion nucléaire comme égalisatrice, donc à la prolifération ou même à la simple menace, non dite voire niée dans le cas de l’Iran. Cette prolifération procède d’une méfiance à l’égard du monopole des Grands, qui inspira, en son temps, la prolifération française.
-  D’autre part, la dissymétrie se perpétue par la supériorité militaire, non nucléaire écrasante, des puissances nucléaires. Les États-Unis et leurs alliés se sont dotés d’armements ayant une capacité de projection de force destructive modernisée par l’électronique. Cet arsenal suscite la tentation de la nucléarisation. Cette capacité réelle a été concrètement démontrée par la destruction de fond en comble de l’économie et de la société de l’Afghanistan, de celle de l’Iraq et de celle de la Palestine.

Trois exemples de destructions par démocides non nucléaires

La première, l’Afghanistan ; une société encore archaïque, pauvre, fut abandonnée ironiquement aux « Soviétiques » empire finissant, puis livrée par la CIA aux Talibans, secte anticommuniste rétrograde, et enfin vouée à représenter la punition d’AlQaida, après la destruction des twin towers par l’attentat du 11/9. Victime des « bavures » inévitables charriées par l’arsenal et la doctrine américaine d’emploi des forces, envahie par la corruption, sous prétexte de « reconstruction, elle est finalement livrée à la narcoéconomie, forme d’intégration subalterne à l’économie globale, des marchés captifs par addiction, économie délinquante créatrice de profits intenses intégrés dans les flux financiers globaux par la frontière poreuse du Pakistan. La deuxième, l’Iraq : une société, certes tyrannique, mais en voie de développement scientifique et industriel, un état nation : complètement ravagé et ramenée à une triple structure tribale en état de guerre civile s’adonnant aux terrorisme religieux. Un troisième exemple est donné par la destruction lente et permanente de la société et de l’économie des Palestiniens et le tout récent bombardement expérimental de l’enclave assiégée de Gaza, punie sans rémission pour avoir voté Hamas. Ce sont là des crimes de guerre que j’intitule « démocides » absolument pas nucléaires, mais néanmoins terrifiants. Trois exemples qui démontrent une capacité de nuisance catastrophique scellant les entreprises de « restauration de la démocratie », élaborées par Washington sous les présidences de Bush. Mais on sait que le noyau vivant de cette idéologie n’est pas complètement maîtrisé par la seule élection d’Obama. Danger de guerre globale et puissance égalisatrice du nucléaire On est donc à l’heure ou certains pays ou régions, non encore totalement détruits par l’idéologie transfrontalière de la spéculation du marché financier, et qui conservent soit un souci de progrès social ou d’autonomie politique, s’inquiètent de leur avenir, dans le temps de la Crise. On peut craindre partout de voir émerger la bonne vieille stratégie de sortie de crise intitulée « guerre mondiale ». C’est ce qui pousse certains pays émergents à chercher une sécurité par la puissance égalisatrice dissuasive du nucléaire plutôt que par la course aux armements classiques et néo-classiques, face aux puissances interventionnistes : les Etats Unis et finalement l’Union Européenne et, en petit, Israël.

Désarmement général et complet ?

La résolution 1887 votée à l’unanimité par le Conseil de Sécurité de l’ONU le 24 septembre sur l’impulsion des Etats-Unis incite donc à la dénucléarisation totale des arsenaux trente ans après la ratification du traité de non prolifération qui y invitait les parties. L’arme atomique est génocidaire par destination, donc criminogène plus que d’autres. Tant qu’on ne s’en sert pas, l’arme est moins polluante qu’une centrale nucléaire civile. Mais elle pollue autrement en s’attaquant en permanence à la représentation de la paix, devenue « massacre en suspens ». Les opinions publiques se sont à juste titre périodiquement mobilisées contre ce symbole d’un génocide virtuel Légitimé en tant qu’équilibre, paralysant l’usage réel, pendant la guerre froide. Le génocide virtuel dans la dissymétrie nord-sud actuelle perd la justification éthique : d’être créateur de paralysie guerrière. Pour éliminer la tendance à la prolifération le meilleur antidote serait la dénucléarisation des Grands et petits, mais aussi la mise sous tutelle internationale des arsenaux non-nucléaires modernes et de leurs capacités illimitées de destruction socio-économique qui au vu des ravages commis valent bien une salve nucléaire.


 


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