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OTAN : un président pressé

Par Michèle Bacot-Décriaud, 9 juin 2009

« Mes chers amis, Monsieur le Secrétaire général, je serai bref parce que nous avons beaucoup de retard » [1]. C’est en ces termes que le Président de la République, Nicolas Sarkozy, a commencé son allocution, lors de la réunion du Conseil de l’Atlantique Nord, à Strasbourg, le 4 avril 2009. Pirouette présidentielle ? Minimisation des enjeux ? Excès ou manque de courtoisie vis- à-vis des autres chefs d’État et/ou de gouvernement des pays membres de l’Alliance atlantique ? Autre questionnement : Le chef de l’État n’avait-il rien à dire ou plus rien à dire ? On pouvait supposer que le Président français se servirait de la tribune de ce rassemblement des 28 États membres pour expliciter ce qu’il considère comme un événement historique, une décision de la plus grande sagesse : la réintégration de la France dans la structure militaire intégrée de l’OTAN qu’elle avait quittée, suite à la lettre du Général De Gaulle au Président de États-Unis, Lyndon B . Johnson, dans laquelle il annonçait que « la France se propos[ait] de recouvrer sur son territoire l’entier exercice de sa souveraineté [...], de cesser sa participation aux commandements ‘intégrés’ et de ne plus mettre de forces à la disposition de l’OTAN » [2] . Cette prise de position du Général De Gaulle a fait consensus jusqu’en 2007 et l’arrivée à la présidence de la République de Nicolas Sarkozy. Elle a permis à la France de se ménager une place de « dedans/dehors » et d’assurer son libre ton, sa libre appréciation des réalités internationales, en un mot son indépendance et donc sa force politique. Le sommet de Strasbourg n’était-il pas l’occasion de préciser aux Alliés le pourquoi et le comment du revirement français, d’une décision présidentielle loin de faire l’unanimité en France, qui bousculait le statu quo et mettait à mal le consensus français sur les questions de défense voire de politique étrangère ? Las, on eut une allocution de quelques minutes seulement. Après avoir balayé en peu de mots la question de la rénovation du concept stratégique datant de 1999 de l’Alliance atlantique, le chef de l’État français a esquissé trois points : les relations franco-allemandes, la confirmation que la France reprenait toute sa place dans les structures de l’Alliance, les rapports entre la France, les États-Unis et l’Union européenne.

La France et l’Allemagne

Certes la France et l’Allemagne co-accueillaient, co-organisaient le sommet de l’OTAN ; mais était-il besoin de s’étendre sur « l’entente, l’amitié » [3] entre les deux pays (non pas « simplement un choix [mais] un devoir » [4]) et ce, sans retrouver les accents de la Déclaration de Robert Schuman du 9 mai 1950 inspirée par Jean Monnet et dont on connaît les suites : la CECA, la CEE, la CEEA, la CE, l’Union européenne, sans oublier le Traité de l’Élysée de 1963, la brigade franco-allemande, le corps franco-allemand devenu Eurocorps et bien d’autres choses encore. L’autre point évoqué par Nicolas Sarkozy à Strasbourg et qui aurait mérité une plus grande attention a eu trait au retour de la France dans la structure intégrée.

La France et l’OTAN

Après avoir confirmé que « la France repren[ait] toute sa place dans l’Alliance » [5], en ajoutant - affirmation contestable et contestée - que « la position française n’était plus comprise », Nicolas Sarkozy s’est fait le chantre de la famille et de l’amitié : « Nous sommes de la famille, [...] dans la famille. Nous sommes des alliés, nous sommes des amis » [6]. En 1966, le général De Gaulle avait-il dit autre chose ? « La France envisage [...] dès à présent de rester partie au traité signé à Washington, le 4 avril 1949. Cela signifie qu’elle serait résolue, tout comme aujourd’hui, à combattre aux côtés de ses alliés au cas où l’un d’entre eux serait l’objet d’une agression qui n’aurait pas été provoquée » [7] . Et plus loin, il ajoutait que « la France [était] disposée à s’entendre [avec les gouvernements alliés, et en particulier avec celui des États-Unis] quant aux facilités militaires, à s’accorder mutuellement dans les cas d’un conflit où elle s’engagerait à leurs côtés, et quant aux conditions de la coopération de ses forces et des leurs dans l’hypothèse d’une action commune [...] » [8] . Et de conclure que s’il souhaitait « modifier la forme de l’Alliance, il ne [voulait] pas en altérer le fond » [9] . Il se prononçait en fait pour une France amie, alliée mais non alignée. Avec Nicolas Sarkozy , la France rentre dans le rang. Pour quel bénéfice ? Certes, plus d’officiers dans l’organisation, l’entrée au Comité des plans de défense, le commandement stratégique ACT chargé de la transformation à Norfolk...aux États-Unis, et le commandement régional interarmées de Lisbonne ; mais une augmentation de sa contribution financière et surtout la perte d’une grande part de sa marge de manœuvre en politique étrangère. En outre, elle se banalise car sa réintégration ne changera en rien le poids dominant des États-Unis dans l’OTAN et sera, sans doute, d’un effet néfaste sur ses industries de défense car elle entraînera une normalisation, une acceptation des normes et des standards américains. On peut même se poser la question de l’intérêt de cette réintégration dans une structure d’une Alliance aux objectifs de plus en plus flous et qui a tendance à se considérer comme une ONU bis. Que peuvent y gagner la France, l’ONU et aussi la défense européenne ?

La France, les Etats-Unis, l’Union européenne

Après un coup de chapeau au président des États-Unis, Barack Obama, (« Nous sommes heureux de travailler avec lui. Nous avons confiance en lui » [10]) et s’être félicité de la nouvelle conception de l’administration américaine sur l’Afghanistan, le président français, d’une manière toujours aussi lapidaire, a abordé plus spécifiquement, à propos des questions de défense, les rapports Europe/Etats-Unis. Il a exprimé à mots couverts, et sans la démontrer, l’idée qu’avec la réintégration française dans la structure militaire intégrée « l’Europe sera[it] désormais un pilier encore plus important, plus fort de l’Alliance » [11] . Il a enchaîné en précisant que l’Europe de la défense - allusion à la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD) - n’était pas faite en opposition à l’OTAN et que les Européens voulaient les deux : « le lien transatlantique et l’Europe de la défense » [12] . Quoi de nouveau dans ses propos ? Qu’avaient dit les chefs d’État européens au Conseil européen de Maastricht, puis dans le traité du même nom ? Qu’a-t-il été dit à la réunion de Saint-Malo et dans les Conseils européens qui ont suivi et ont vu la mise en place de la PESD ? Qu’a dit la Déclaration de Laeken ? La grande question reste celle de savoir si Nicolas Sarkozy, en choisissant la réintégration dans la structure militaire intégrée, n’a pas porté un coup fatal à la PESD que la récente présidence française du Conseil de l’Union européenne n’a guère réussi à dynamiser. Ne faut-il pas redouter un signal donné aux Atlantistes durs d’une moindre priorité à la défense européenne ? En dépit de ce qu’a écrit le président français aux chefs d’État des pays membres de l’Alliance atlantique, dans sa lettre du 19 mars 2009, de son choix en faveur d’une Europe qui s’affirme dans le monde et dans l’Alliance, on est en droit de penser qu’en rompant avec la position originale de la France, il a signé l’affaiblissement de la PESD et de l’Europe de la défense, la configurant, la confinant dans un rôle second au regard de l’OTAN et des États-Unis.


[1] Allocution du Président de la République, Nicolas Sarkozy, Conseil de l’Atlantique Nord, Strasbourg, 4 avril 2009 http://www.diplomatie.gouv.fr:actu/...

[2] JOUVE ( Bernard), 1967, Le Général De Gaulle et la construction de l’Europe ( 1940-1966), tome 2, Paris, Librairie générale de Droit et de jurisprudence, Bibliothèque constitutionnelle de science politique, tome XXV, p. 543

[3] Allocution du président de la République, Nicolas Sarkozy, op.cit

[4] Ibidem

[5] Ibidem

[6] Ibidem

[7] JOUVE (Bernard), 1967, op.cit.

[8] Ibidem

[9] Ibidem

[10] Allocution du Président de la République, Nicolas Sarkozy, op. cit.

[11] Ibidem

[12] Ibidem

 


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