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Pourquoi réintégrer l’OTAN maintenant ?

Par Alain Joxe, 30 mars 2009

Un argument concret en faveur de cette réintégration , mis en avant par la déclaration du premier ministre qui précéda le vote du 17 mars à l’Assemblée nationale, c’est que la France est engagée dans la guerre d’Afghanistan et que la moindre des choses c’est qu’elle ait pleinement accès aux options stratégiques à l’étude dans le comité des Plans, qui est supposé avoir son mot à dire quant à la conduite des opérations de la coalition OTAN. La question c’est donc de savoir si vraiment l’OTAN est engagé dans la guerre d’Afghanistan et si le comité des plans de l’OTAN donne accès aux débats sur la conduite des opérations qui sont gérés par le commandement américain pur du CENTCOM.

Si l’OTAN a pu être associée à l’expédition américaine d’Afghanistan et à sa définition punitive (riposte à l’attentat des deux tours contre AlQaida, hébergé par les Talibans), c’est uniquement au titre d’une mission internationale d’aide au gouvernement afghan décidée par l’ONU (résolution 1386 du Conseil de Sécurité du 20 décembre 2001) et qui est soutenue techniquement par l’OTAN. L’OTAN dirige donc, sous mandat de l’ONU, depuis cette date, d’abord pour six mois, puis par reconductions, une Force internationale d’Assistance à la Sécurité (FIAS), force qui atteignait quelque 55.100 soldats en janvier 2009. Le taux de participation réelle aux combats des différents contingents est très variable et dépend des décisions nationales. Les Canadiens sont très engagés et ont beaucoup de pertes au combat, tout en maintenant les principes humanitaires et reconstructeurs de leur mission théorique.. Les Allemands en mission sécuritaire et de reconstruction ont des pertes par attentats, mais refusent impérativement de participer aux opérations militaires, conformément à la décision du Bundestag et à leur constitution. Le fait d’être ou de ne pas être plein membre de l’OTAN intégré n’a rien à voir avec ces différences d’options.

La FIAS a pour mission d’« aider les autorités afghanes à exercer et à étendre leur pouvoir et leur influence sur la zone de Kaboul », afin de « créer les conditions propices à la stabilisation et à la reconstruction. C’est une mission ONU de peace building et non pas une mission de guerre. Certes, les situations sur le terrain ne permettent pas forcément d’établir des distinctions très claires entre ces deux définitions. Mais c’est la situation militaire qui est confuse, pas la définition juridique.

L’OTAN n’est donc pas en charge de la conduite de la guerre d’Afghanistan. la France ne s’est pas jusqu’à maintenant engagée juridiquement dans la guerre comme guerre. Réintégrer l’OTAN ne nous fait pas plus entrer en guerre ni sortir automatiquement de notre condition de contingent mandaté par l’ONU. La France n’est embauchée dans la réalité, pour ce travail, qu’avec des précautions qui sont d’ailleurs l’occasion d’erreurs complexes dans l’organisation des missions. Les deux embuscades qui on occasionné les lourdes pertes subies l’été dernier dans les opérations de réouverture de routes de la région de Kaboul, région dont la France avait le commandement, résultent sans doute autant de la mixité de la colonne (un contingent français un contingent afghan et un contingent américain, s’avançant en fond de vallée à la queue leu leu ) que de l’américanisation de l’appui aérien (dépendant lui d’un commandement de guerre. Que la France ait décidé de s’engager plus clairement dans la guerre américaine, cela la fait sortir de la définition ONU-OTAN de sa mission. Le sens pratique de la « rentrée dans l’OTAN » c’est donc de lui permettre, ou de l’obliger, à agir, dès lors aux cotés des États-Unis comme allié OTAN en guerre, et de renoncer à la définition de son contingent comme chargé de mission ONU.

Tournant vers la présence « en guerre » sous CENTCOM

Quand et pourquoi ce tournant a-t-il été élaboré ? C’est en tout cas dès le voyage du chef de l’État à Kaboul en décembre 2007 au cours duquel fut décidé un renforcement du contingent français.(cf. DS n°95). Ici se situe l’ argument : La France aura d’autant plus d’influence sur la conduite américaine des opérations que nous nous serons ralliés plus franchement au leadership opérationnel réel qui comme chacun sait est américain et non pas otanien ni onusien. Ici surgit une deuxième question qui exige une interprétation plutôt qu’un éclaircissement des politiques sous entendues par ces décisions. A quelle politique américaine nous sommes nous ralliés ? Nous avons décidé d’augmenter notre engagement à combattre aux côtés des Américains en Afghanistan après la victoire d’OBAMA aux primaires, mais bien avant sa victoire électorale, alors que la stratégie de l’Administration Bush, en Iraq comme en Afghanistan, était déjà complètement en échec. Nous sommes nous ralliés à la stratégie de Bush ou à celle encore virtuelle d’OBAMA ? le candidat démocrate précisait qu’il poursuivrait la guerre d’Afghanistan jusqu’à la victoire, donc pour éliminer la domination des Talibans, islamistes intégristes, misogynes, complices de Bin Laden, devenus narcotraficants, et pour lutter contre la corruption et restaurer la démocratie. Obama annonçait également qu’il respecterait le programme de modernisation dit de transformation des forces armées américaine, dans la continuité avec du document 2008 Army Modernization Strategy publié le 25 juillet 2008 et qui renforçait les moyens d’un interventionnisme électronique global d’inspiration « Républicaine » . Obama depuis a changé et se prépare à négocier la paix avec d’hypothétiques « talibans modérés » ou mieux des talibans achetables, ceux qui - à soixante pour cent selon le vice président Biden - ne rallient les islamistes que pour de l’argent. Négocier est toujours nécessaire pour ramener la paix, surtout si, comme l’admet Obama, nous ne sommes pas en train de gagner cette guerre, et on peut l’approuver. Mais la France s’est elle ralliée pour aider à la victoire ou pour adoucir la défaite des États-Unis ? Pour quel enjeu proprement français ou européen ? Le ralliement à la guerre afghane, ou même AFPAK, comme la réintégration de l’OTAN paraissent bien avoir été décidés comme des ralliements symboliques , des objectifs en soi. Le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN en échange de deux grands commandements ne va pas renforcer sur le terrain notre influence quand l’accroissement du contingent de GI décidé par Obama diminue encore l’importance des effectifs français et son influence sur la stratégie américaine. La responsabilité de l’ordre dans la zone de Kaboul vient d’être restituée au Gouvernement Afghan lui-même, et le contingent français, qui commandait cette zone, est donc passé sous commandement américain direct, pour sa participation aux combat dans les régions montagneuses irrédentistes proches de Kaboul qui ont été détachées de la zone restituée au gouvernement afghan. Y aura-t-il plus de clarté dans la définition de la mission française et plus d’influence sur la conception stratégique des missions sous commandement américain exclusif ? c’est possible mais cela restera au mieux une contribution tactique ne correspond pas à une autonomie militaire et politique de la France sur ce champ de bataille douteux.

Commandement français du NATO Transformation Command Norfolk (Va) ?

Personne ne menace le territoire de l’Alliance à partir de l’Afghanistan, l’alliance est de plus en plus subordonnée au haut commandement opérationnel régional des États-Unis, celui du CENTCOM, sous le Général Petraeus, qui couvre l’Iraq et l’Afghanistan et qui menace les Talibans et le Pakistan. Le commandement OTAN administre seulement le patchwork de la FIAS. C’est pourquoi le retour de la France politiquement et symboliquement, donc stratégiquement sous hégémonie américaine à propos de la guerre afghane est une décision parfaitement claire mais contestable en tant que telle. Elle s’est faite, dit-on, en échange de deux commandements important celui de Lisbonne et celui de la Transformation. Oublions Lisbonne. Le Transformation Command de l’OTAN n’est pas du tout une petit commandement sans importance : c’est le lieu même d’exercice de l’hégémonie américaine sur l’Alliance, qui opère dans le long terme par la modernisation et l’imposition des normes de la nouvelle guerre asymétrique. Son siège à Norfolk (Va) est voisin du Commandement interarmes des États-Unis (US Joint Command) qui gère le processus de coordination des normes et des entraînements interarmes ; Ce lieu est un point nodal de la techno-dominance militaire américaine et ne deviendra jamais le point d’application d’une influence européenne ou française. En acceptant ou en recherchant que des hauts commandements tenus par des Français soient placés directement sous des super-commandements américains, la France manifeste donc une volonté de s’instruire, mais aussi d’adhérer au système américain de domination du monde et d’y contribuer, ce qui n’est pas tout à fait la même chose que de réintégrer l’organisation militaire d’une alliance défensive.


 


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