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Israël : le poids des armes

Par Jean-Paul Hebert , 18 février 2009

Israël est-il suffisamment autonome quant à son équipement militaire pour qu’il soit difficile d’utiliser des pressions dans ce domaine ? L’industrie d’armement israélienne compte trois firmes majeures classées parmi les cent premières firmes mondiales productrices d’armement en 2006 : Israël Aerospace Industries (30ème place avec 1,8 milliards de dollars de ventes), Elbit Systems (42ème avec 1,4 milliards de dollars) et Rafael (54ème, avec 950 millions comme Nexter). La place d’Israël parmi les exportateurs mondiaux d’armement est évaluée de façon différente suivant les sources : selon le service de recherche du congrès américain Israël serait pour la période 2000-2007, le neuvième exportateur mondial avec un total de 5 milliards de dollars derrière les États-Unis (92 milliards), la Russie (36), le Royaume-Uni (34), la France (20), l’Allemagne (12), la chine (8), la suède et la Canada (6). Le Sipri quant à lui place Israël à la douzième place pour la période 2003-2007 (Pays-Bas, Ukraine et Espagne s’intercalent dans le classement). En revanche, les données officielles françaises telles que publiées dans le dernier rapport au parlement sur les exportations d’armement placent Israël à la quatrième place mondiale avec une moyenne annuelle de 3,1 milliards d’euros de livraisons pour la période 2002-2006, derrière les États-Unis (33,5), le Royaume-Uni (7,9) et la France (4,8). En ce qui concerne les importations, Israël est le sixième importateur mondial aussi bien selon le SIPRI (période 2003-2007) que selon le CRS (période 2000-2007). Les ventes françaises d’armement selon la collection des rapports au parlement s’élèvent au total à 339 millions d’euros (euros constants 2007) pour la période 1991-2007 soit une moyenne annuelle de 20 millions. Ce total représente 0,4% des livraisons françaises de la période (82,7 milliards d’euros constants 2007). Si le volume économique de ces exportations est réduit c’est cependant la signification politique qui est importante, notamment le fait que dans les fiches pays, pour Israël, la rubrique « mesures restrictives et embargos » est annotée « sans objet » comme si l’occupation armée de la Cisjordanie ne relevait pas d’un conflit.

Ce volume réduit de fournitures françaises n’est que l’envers de la réalité principale : les États-Unis sont le fournisseur majeur des moyens militaires israéliens : en effet selon les statistiques de la DSCA (Defense Security Cooperation Agency), l’agence qui gère pour le département de la défense les FMS (Foreign Military Sales), en 2007 et 2008 Israël a passé des commandes d’armement aux États-Unis pour plus de 23 milliards de dollars : quatre navires de combat côtier pour 1,9 milliards de dollars7, différentes sortes d’avions : avions de combat (25 F-35 joint Strike Fighter pour 15,2 milliards de dollars), avions de transport (9 C-130J30 pour 1,9 milliards de dollars), avions d’entraînement (25 T-6A Texan pour 190 millions de dollars) ainsi que le fuel et le diesel nécessaire (1,6 milliards de dollars au total) et les bombes qui vont avec (1000 bombes guidées avec précision BGU-39, 2000 bombes à charge pénétrante BLU-109 de 800 kilos, 50 bombes à charge pénétrante GBU-28 de 2 tonnes, 10 000 bombes guidées par GPS (JDAM), 1500 bombes de 500 livres MK-82 et 10 000 bombes de 1000 livres MK-84), le tout pour 607 millions de dollars. A cela il faut ajouter une panoplie de missiles (2000 missiles TOW 2A, 1700 missiles Hellfire II, 100 missiles Patriot, 30 missiles antinavires Harpoon, 500 missiles air-air AIM-9M sidewinder) pour 1,656 milliards de dollars et 28 000 roquettes antichar M72A7 de 66 mm pour 89 millions de dollars. Et le registre des nations unies sur les transferts d’armes classiques illustre bien cette situation puisque, à l’exception de quatre sous-marins classiques fournis par l’Allemagne, tous les armements majeurs proviennent des Etats-Unis. De plus les États-Unis fournissent à Israël une aide économique massive : depuis 2001, les programmes américains d’assistance se sont multipliés et dans les récipiendaires de ces crédits d’assistance à la sécurité, après l’Afghanistan (presque 30 milliards de dollars de 2002 à 2009) et l’Irak (27,5), on trouve Israël (21,6 milliards de dollars). En août 2007, l’administration Bush a annoncé l’augmentation de l’aide militaire (Foreign Military Financing) de 6 milliards de dollars sur dix ans, passant ainsi annuellement de 2,4 à 3,1 milliards de dollars.

L’ensemble de ces données montre à l’évidence les capacités de pression dont disposent les États-Unis vis-à-vis d’Israël. l’argument selon lequel un gel des fournitures aboutirait seulement à développer une industrie autonome en Israël, comme cela a pu être le cas d’une autre façon en Afrique du sud n’est guère pertinent pour deux types de raison : d’une part parce qu’un tel développement demanderait de toutes façons beaucoup de temps et surtout parce que les situations géopolitiques et stratégiques de l’Afrique du sud et d’Israël ne sont pas comparables. Les États-Unis ont parfaitement su imposer à Israël dans un passé récent de renoncer à des contrats d’armement avec la Chine. Ils ont pareillement aujourd’hui la capacité d’imposer à Tel-Aviv un changement de politique.


Roquettes et obus

Le centre des affaires publiques et de l’État (CAPE de Jérusalem) a publié une étude « Les tirs de roquettes et d’obus de mortier depuis la bande de Gaza 2000-2007 » qui conclue : de 2001 à 2007, il y a eu dix morts israéliens par tirs de roquette et dix autres par tir d’obus. Par ailleurs, pour l’année 2008, Israelfr.com « le site israélien de la communauté juive francophone » indique : « Suite aux tirs de roquettes et d’obus de mortier, huit personnes ont été tuées en 2008, dont quatre au cours de l’Opération Plomb Durci ». Soit au total pour 2001-2008, 28 victimes.


Déclarations israéliennes d’importations en provenance des États-Unis (1992-2006) Déclarations américaines d’exportations vers Israël (1992-2006)
VBCI 457 587
Artillerie de gros calibre 119 64
Avions de combat 177 160
Hélicoptères d’attaque 38 101
Navires 3 0
Missiles et lanceurs 137 3716

Source : Registre des Nations-Unies


 


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