3 janvier 2009
Le Proche-Orient élargi est aujourd’hui, le théâtre de plusieurs conflits dont l’issue, si issue il y a, à court ou à moyen terme, pourrait être un facteur important dans les équilibres stratégiques globaux. Le conflit israélo-palestinien, la crise endémique du Liban, les conflits de l’Irak et de l’Afghanistan, occupés par les Etats-Unis d’Amérique, et, enfin, la question du programme nucléaire iranien. Pour le nouveau président américain, ces conflits, dont deux guerres ouvertes impliquant des troupes américaines, constituent une priorité juste derrière la crise économique et financière qui ravage son pays .
ÉTAT DES LIEUX
Le conflit Israélo-Palestinien : un an après la Conférence d’Annapolis, la « solution des deux États, israélien et palestinien, » promise par G. W. Bush est plus improbable que jamais. La colonisation israélienne continue, le communautarisme grandissant et la fragmentation du système politique israélien bloquent toute possibilité de création d’un État palestinien viable. Les conflits entre le Hamas et l’Autorité Palestinienne ne font que compliquer l’environnement du conflit israélo-palestinien et donne à Israël le prétexte, si besoin il y a, de ne pas trouver « un partenaire crédible » et de consolider la séparation entre Gaza et la Cisjordanie, avec ses implications régionales et internationales.
Au Liban, après « le coup de poing » donné par le Hezbollah en mai 2008 à la majorité parlementaire du mouvement du 14 mars, « un armistice » a été instauré au pays du cèdre en attendant les élections législatives du printemps 2009, ainsi que les développements des différentes questions régionales. On ne peut pas exclure, non plus, une nouvelle confrontation entre Israël et Hezbollah.
Le gouvernement irakien vient de signer ce que Bagdad appelle « l’accord de retrait des troupes » et Washington « l’accord sur le Statut des forces » (SOFA), après de longs mois de négociations. La longueur de ces négociations ont montré l’existence et le développement d’un processus politique irakien indépendant . Cependant, les réalignements politiques en cours dans le cadre de ce processus, pourrait paver la voie à des nouvelles confrontations inter-irakiennes dans la perspective du retrait, théorique, des forces d’occupation américaine à la fin de l’année 2011 et le vide stratégique évident que ce retrait va provoquer. Quelle coalition des
forces politiques irakiennes pourrait assumer les rênes du pouvoir ? Quel rôle jouera l’Iran, et secondairement la Syrie, ainsi que la Turquie et l’Arabie Saoudite dans la stabilisation ou la déstabilisation du nouveau pouvoir irakien ?
En Afghanistan, les Talibans, chassés du pouvoir quelques semaines après les attentats du 11 septembre 2001, se trouvent aujourd’hui, à la porte de Kaboul. Selon l’international council on security and development, les Talibans opèrent aujourd’hui sur 72% du territoire Afghan. Le rôle de ces mêmes Talibans au Pakistan a déjà entraîné l’extension de la guerre de Washington et de l’OTAN au territoire pakistanais.
Enfin, La question nucléaire iranienne, et la place de l’Iran dans les équilibres régionaux, continuera à « préoccuper la communauté internationale ». Trois résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, imposant des sanctions au régime des mollahs, n’ont pas suffi à ébranler la détermination de ces derniers à vouloir maîtriser le cycle complet du combustible nucléaire. « La question » iranienne, dans ses deux composantes, nucléaire et place de l’Iran dans les équilibres régionaux, pèse, pour différentes raisons, sur l’ensemble des autres conflits ci-dessus mentionnés.
L’AVENIR DE CES CONFLITS
Le nouveau président américain s’est engagé à négocier directement avec l’Iran. Il va certainement adopter, dans les mois à venir une approche, nouvelle ou ancienne, à l’égard de ces multiples conflits qui menacent, selon Washington, à des degrés divers, ses intérêts nationaux. Évidemment, spéculer à propos de ces approches, et leur efficacité éventuelle, ne sert à rien . Cependant, nous pouvons, à partir de la situation actuelle, en tirer quelques « leçons » et surtout quelques constatations.
Au cours des dernières années, dans les guerres asymétriques et les conflits en cours se sont développées des organisations politico-militaires de plus en plus autonomes, y compris à l’égard de leurs « géniteurs »étatiques. Ces organisations sont devenues des acteurs politiques non-étatiques. En Palestine, créé en 1987, au début de la première Intifada, le Hamas, organisation de résistance à cette occupation et structure sociale charitable fournissant des services sociaux fondamentaux à une partie de la population, s’est métamorphosé, au fil des années, et dans le cadre de la guerre israélo-palestinienne, en une structure protoetatique.
En 2005-2006, le Hamas a remporté les élections municipales et législatives. Les États-Unis, Israël, et l’Autorité Palestinienne ont refusé de reconnaître la légitimité des urnes acquise par le Hamas. Les confrontations qui ont suivi ont mené à la séparation actuelle entre les deux territoires palestiniens de gaza et de la Cisjordanie et la formation de fait de « l’État de Gaza ».
Au Liban, le Hezbollah, né dans la résistance à l’occupation du Liban par Israël en 1982, avec le soutien total de l’Iran, a réussi, en mai 2000, à forcer l’État juif de retirer ses troupes d’occupation du Liban. C’est aussi une organisation politico-militaire qui gère un réseau de services sociaux impressionnants et qui a en 2006 résisté pendant 33 jours à l’assaut massif de l’armée israélienne. Enfin, en mai 2008, le Hezbollah a livré « une petite guerre civile « à Beyrouth »et a réussi à imposer ses conditions politiques à l’ensemble des forces politiques libanaises. Ainsi, « le Parti de Dieu « , allié de l’Iran, est devenu l’acteur majeur de la scène politique libanaise .
En Irak, le Mouvement Sadriste, tente lui aussi de suivre l’exemple du Hezbollah libanais, avec plus ou moins de succès.
Nous pouvons citer d’exemples d’autres organisations qui projettent de devenir des acteurs non-étatiques majeurs comme l’Ashkar-e-tiba au Cachemire, bien installée au Pakistan.
Le naissance de ce type d’organisations et leur succès provient du fait qu’elles font partie intégrante des structures sociales des pays où ces conflits ont lieu. Un autre facteur extrêmement important doit être noté : toutes ces organisations sont issues de conflits de longues durée :la Palestine, le Cachemire, l’Irak, ...Enfin, l’implosion de certains Etats, et l’avenir semblable qui attend certains autres, ne fera qu’augmenter les chances de développements d’autres acteurs non-étatiques cherchant à pallier à des fonctions étatiques fondamentales, (résistance à l’occupation et gestion de la question sociale).
Nous assistons aujourd’hui à la maturation de déséquilibres stratégiques majeurs. Les États-Unis, seuls, ne peuvent plus rien imposer aujourd’hui. Aucune autre puissance non plus. C’est une autre raison qui explique que les nouvelles formes de guerre ont un bel avenir.