30 septembre 2008
PEACEFUL NUCLEAR EXPLOSION
L’exception indienne existe depuis 1974, date de la première expérimentation nucléaire de l’inde. La ’Peaceful Nuclear Explosion’ - puisque ce fut son appellation officielle et qu’elle figure comme telle dans les archives des Nations Unies - allait susciter des réactions diverses, de la colère retenue de la part des Canadiens - qui avait vendu les réacteurs Candu - aux félicitations des responsables Commissariat à l’Energie Atomique français, qui sympathisent avec la dissidence nucléaire du moins jusqu’à 1992.
L ’exception indienne se fait remarquer à nouveau en 1998, comme pour signifier au monde que Delhi était allé au bout d’une certaine logique, une aventure démarré avec Babbha et la création de son CEA en 1948 .
L’Occident s’ est insurgé alors, - feignant d’ailleurs la surprise . Mais quelques jours auparavant, alors que les diplomates voulaient sceller le destin de Delhi en exigeant sa signature au bas du texte du CTBT ( Traité d’Interdiction des Essais Nucléaires), les autorités indiennes avaient fait savoir que le pays ne se soumettrait à aucune contrainte dans le domaine de l’interdiction des armes. En guise de punition, de représailles, les capitales occidentales ont déclaré le plus sérieusement du monde que l’Inde ne serait pas reconnue en tant que puissance nucléaire. Cette formule qui se veut une posture est reprise par le Quai d’Orsay depuis dix ans ; par la voix de son porte-parole , Paris déclare le 17 novembre 2006 : « Nous ne reconnaissons pas à l’Inde le statut d’Etat doté de l’arme nucléaire et donc nous restons très attachés à l’objectif d’universalité du TNP. . ’
L’ACCORD DE COOPERATION AMERICAIN
Quoi qu’il en soit, la diplomatie indienne a marqué des points en l’espace de dix ans. Le Traité d’Interdiction des Essais est toujours au point mort et les États qui s’imposent un moratoire ne s’interdisent aucune option. Entre-Temps, une majorité d’États semble ne plus vouloir contrecarrer les ambitions nucléaires de l’Inde, cet outsider du TNP (avec Israël et le Pakistan) qui frappe (aussi) à la porte du Conseil de Sécurité. L’accord de coopération avec Washington - envisagé dès juillet 2005 et signé en 2006 - risque fort d’être ratifié par le Congrès, un Congrès à qui l’on fera croire que cette mesure est un gage de multilatéralisme et un moyen de surmonter les clivages du passé grâce à un nouveau « partenariat stratégique » qui se soldera aussi en milliards de dollars de contrats. Dans les capitales européennes, y compris Paris, on laissera entendre que cette transaction nucléaire est un bienfait, à la fois pour le commerce de l’uranium et pour la propagation du message anti-réchauffement climatique contenu dans le Protocole de Kyoto.
Le State Departement a réussi l’exploit de convaincre le Groupe des Fournisseurs Nucléaires ( NSG) de se rallier à sa cause, c’est à dire le feu vert de plus de 40 États membres désormais complice de ce marchandage (et certains malgré eux dont l’Autriche, la Nouvelle-Zélande...). Ironie de l’Histoire, ce Nuclear Supplier Group est né en réaction à l’explosion ’pacifique’ de 1974. Ses membres avaient alors promis de proscrire toute assistance ou tout commerce de technologie nucléaire avec des pays non signataire du TNP. Reste à savoir s’il a la moindre légitimité en tant que groupe de pression pour dicter les règles du business nucléaire si ce n’est en se référant au TNP, tout comme le fait une majorité d’États signataires qui n’a pas le statut de « fournisseur ».
LE MALAISE DU NUCLEAIRE
Derrière ce visage du Groupe des Fournisseurs Nucléaires se dessine peut-être une nouvelle ère post-TNP . La normalisation des relations Inde’-US et des relations de l’Inde avec d’autres fournisseurs en dit long sur les aménagements possibles d’un TNP qui aura, avec le temps et depuis le retrait de la Corée du Nord, de plus en plus de peine à justifier sa raison d ’être. Le nouveau ’deal’ ne fait aucune référence au protocole additionnel qui semblait tant obsèder l’Agence Internationale de l’Energie Atomique.
Mieux encore, avec ou sans protocole additionnel - qu’un tiers des signataires du TNP n’a pas signé - l’AIEA ne va contrôler que les installations civiles (indiennes) et non les installations militaires. (pour le surgénérateur, le débat n’est pas encore tranché). Ainsi, on ne va pas s’attarder aux méthodes intrusives pour détecter la moindre entorse au régime de non-prolifération.
Avec l’accord Washington-Delhi, on imagine plutôt un dispositif « souple », une ’vidéosurveillance tolérante’ qui garantira que l’honnête homme n’est coupable d’aucun délit de détournement ; et qui par la même occasion garantira une absence totale de dispositif pour surveiller le coupable éventuel. Ces tractations en matière de non-prolifération suscitent déjà de nombreux ricanements.
Les intellectuels indiens évoquent à leur manière l’heure où les gendarmes ne vont plus patrouiller dans certaines zones ou quartiers sensibles ou le fait qu’ils s’abstiennent de sillonner certains quartiers déterminés durant les plages horaires préférées du moindre suspect. Malaise pour l’AIEA. Silence remarqué du côté pakistanais et israélien.
LE COMMERCE DE L’ATOME
En toile de fond de cette rocambolesque histoire, nous assistons aux dernières manoeuvres visant à cautionner un commerce de l’atome que les principaux acteurs n’ont jamais voulu sacrifier sur l’autel du TNP. Nous assistons par la même occasion aux tentatives quasi désespérées de maintenir un TNP en sursis ; et nul ne s’étonnera à Téhéran ou à PyongGyang que ce sont les Etats-Unis qui sont entrain de l’enterrer.
Quoi qu’il en soit, les centrales au thorium ne sont pas encore au point ; l’énergie nucléaire ne fournit que 3 % de l’électricité de ce pays-continent qui sera en 2010 le 4ème consommateur d’énergie dans le monde. Avec un uranium bientôt disponible sur le marché international, les 17 réacteurs seront ainsi -re-approvisionnés ; et l’uranium disponible sur le territoire national sera destiné à remplir sa fonction initiale : renforcer les arsenaux.