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Notes de lecture


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Le livre blanc, chronique

Alain Joxe

Par Alain Joxe, 28 janvier 2008

Les indications de contenu du Livre blanc (version décembre) publiées par le communiqué du 3/1/08 précisent déjà sur quelques points fondamentaux les idées stratégiques principales du futur document dont certaines sont critiquables du point de vue de l’orientation stratégique, des conséquences politiques et des implications économiques.

Nous ne traitons dans ce papier que de la question de l’unification stratégique du champ militaro-policier Le débat devra s’étendre aussi à la stratégie des moyens classiques et à la stratégie nucléaire.

L’annonce des réformes « proposées par la commission et acceptées » par le gouvernement en ce qui concerne l’organisation d’un Conseil unique de Défense et de Sécurité et l’effacement du SGDN constituent une action préemptive qui conditionne l’orientation du futur livre blanc avant toute discussion publique ou parlementaire. Elles vont pousser le livre blanc dans le sens de la confusion des missions militaires extérieures et des missions policières intérieures, leur mixage en un ensemble technique unique, un continuum de concepts enserrant tous les usages de la force armée par l’Etat dans une seule « discipline », une seule matrice à doctrines d’emploi des forces.

Cette orientation n’est pas une surprise puisqu’elle était annoncée par diverses déclarations et par le libellé encore flous de certains paragraphes de la lettre de Mission adressée cet été à J.C. Mallet.

Elle suscitait d’avance certaines critiques, parce qu’elle paraissait se plier au modèle expéditionnaire américain, au moment même où la critique des opérations américaines menées en Iraq par l’Administration Républicaine, permettait d’éclairer d’excellentes raisons de rester fidèle à un modèle français ; celui-ci maintenait une frontière légitime entre la logique de l’action militaire, dotée d’un but politique positif pouvant conduire à reconstruire la paix, et celle de l’action policière voué à chercher d’abord la destruction de l’ennemi considéré comme délinquant.

Même en matière de prévention sécuritaire contre des réseaux terroristes, exhiber politiquement la force militaire dans l’espace interétatique est très différent de la gestion policière des menaces contre la sécurité d’un territoire.

L’idée de traiter, par des stratégies et des tactiques communes, les actions de rétablissement de la paix hors du territoire national et celle de maintien de l’ordre sur le territoire national promettent en fait des catastrophes dans les deux types d’opérations.

Il faut donc se donner pour tâche de définir, avec une précision renforcée, la critique de cette confusion voulue des rôles militaires et policiers ; en faire sans doute un des centre de l’analyse critique qui pourra :
-  soit influencer les rédacteurs du Livre Blanc - qui n’ont pas encore fini d’examiner tambour battant les fondement d’une nouvelle stratégie globale de la France ;
-  soit inspirer des débats ultérieurs au niveau national, au niveau européen et même au niveau américain, où la critique des représentations actuelles de la sécurité globale des Etats Unis fait l’objet de débats fondamentaux.

Cette critique stratégique et tactique pourra s’appuyer sur des exemples opérationnels récents ou actuels et sur l’analyse des impasses ou mène la confusion des rôles : Palestine Israël, Colombie, Iraq, Afghanistan .

La non recherche d’une solution politique y mène :
-  soit à la guerre asymétrique permanente locale d’une « guerre de banlieue », forme urbanisée de la guerre dans les sociétés post traditionnelles c’est à dire où l’agriculture d’auto-subsistance est violemment éliminée et la société agraire n’est plus la moitié stratégique de la société mais seulement l’origine des populations déplacées vers les quartiers d’invasion des villes.
-  soit à la recherche de ressources extraordinaires permanentes de la part des adversaires considérés comme délinquants et donc le branchement des guerriers permanents sur des ressources narco (ou autres matières premières spéculatives (métaux, diamants) globalement source de profits intenses.


Document contribuant au débat

« Tout malfaiteur, attaquant le droit social, devient par ses forfaits rebelle et traître à sa patrie », pensait Rousseau. Inversement, le soldat ne porte pas de jugement de valeur sur son adversaire ...aussi, la violence dont le soldat use contre son adversaire n’a-t-elle pas pour fondement direct la faute de ce dernier. Au contraire, le fait d’accepter le combat reconnaît une certaine symétrie morale entre les belligérants. D’une part, en utilisant la violence létale contre un adversaire non un coupable, le soldat reconnaît à ce dernier le droit de risquer sa vie au nom des idées qu’il défend. D’autre part, en risquant lui-même la sienne, il entend signifier que ses propres convictions sont de valeur au moins égale. Il faut souligner que ces principes ne sont pas exclusifs de la reconnaissance d’une faute de l’autorité politique qui a ordonné la guerre. Cette notion de symétrie morale propre au monde militaire est fondamentale quelque soit son caractère relatif dans la réalité. Elle apparaît en effet comme le fondement de la caractéristique essentielle de l’action militaire, celle d’être une « négociation par d’autres moyens » pour paraphraser Clausewitz, ou encore de s’inscrire dans la « dialectique des volontés utilisant la force pour résoudre leur conflit » suivant la définition que le général Beaufre donnait de la stratégie. Cette capacité de négociation est elle-même la garante d’une possibilité de limitation de la violence employée."

Benoît DURIEUX, « Le soldat et le policier ». Inflexions, N° 4, oct-décembre 2006, pp. 35-46


 


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