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Galileo ou les limites des Meccanos europeéns

Renaud Bellais

Par Renaud Bellais, 16 octobre 2007

La réussite des programmes européens relève souvent du miracle tant leurs modalités sont complexes.

Malheureusement le miracle ne se produit pas toujours, comme le montre Galileo. Or les enjeux ne sont pas négligeables et l’échec périlleux.

UN ENJEU DE SOUVERAINETE

Qu’est-ce que Galileo ? Un système de positionnement par satellites co-développé par l’Union européenne et l’Agence Spatiale Européenne. Mais c’est bien plus : Galileo est un enjeu de souveraineté et d’indépendance pour l’Europe. En effet, il n’existe aujourd’hui qu’un seul système à couverture mondiale, le Global Positioning System américain (GPS).Or ce dernier est entièrement développé et géré par l’Armée de l’Air américaine. Si celle-ci accorde un accès gratuit au signal de sa constellation depuis 1988 , les autres utilisateurs - qu’ils soient étrangers ou américains - sont soumis à son bon vouloir. Elle peut décider quand elle le désire et sans préavis de couper le signal ou d’en réduire la précision. Par ailleurs, le signal libre du GPS connaît de multiples restrictions (précision, continuité, fiabilité).

Galileo propose une solution européenne autonome, tout en étant complémentaire du GPS. Ce projet est donc un enjeu majeur, d’autant que de plus en plus de citoyens et d’entreprises (sans parler des armées) dépendent du positionnement par satellites. Galileo créera plus de 100 000 emplois selon la Commission européenne, tout en garantissant l’autonomie de décision et d’action de l’Europe dans le concert des nations.

CINQ ANS DE RETARD

Et pourtant, rien ne va plus ! Galileo a aujourd’hui cinq ans de retard. La constellation devrait être pleinement opérationnelle seulement en 2012 ; sans garanties pourtant, car le programme connaît aujourd’hui de grandes difficultés. Quelles sont les raisons de ces errements ? Certes les technologies à mobiliser ou à développer sont complexes, mais les difficultés viennent avant tout du montage institutionnel et contractuel choisi depuis le lancement de Galileo par la Commission européenne en 1999. 1ère fausse bonne idée : chaque pays doit recevoir une participation au développement industriel équivalente au financement qu’il apporte.

L’application, toujours délicate, du principe du "juste retour" (trop fameux dans les programmes de défense en coopération) ne peut fonctionner que s’il y a une entité ayant un pouvoir de décision fort et une réelle volonté de partage, sans domination, des États participants. Ces conditions n’ont pas été remplies pour Galileo et les égoïsmes nationaux ont eu libre cours pour revendiquer toujours plus de retour industriel en quantité et en qualité.

2e fausse bonne idée : Galileo doit se construire sur un partenariat public-privé.

S’il y a un marché pour des services associés à Galileo, il est possible de rentabiliser l’investissement et donc de demander aux entreprises de "mettre la main à la poche". Le contrat de concession prévoyait ainsi que les 2/3 de l’investissement initial seraient pris en charge par le consortium concessionnaire.

Ceci ne peut marcher que si la prise de risque et l’incertitude restent acceptables pour les partenaires privés. Or ces derniers ont jugé que ce n’était pas le cas, le modèle économique de Galileo restant à valider. Rien ne garantit que les ventes seront au rendez-vous, notamment en raison de la gratuité du GPS et de l’absence de cadre réglementaire clair en Europe. Sans ventes pas de profit : comment alors attirer les investisseurs ? Ce qui a conduit à l’impasse de la négociation de la concession en mai dernier et la demande d’un financement purement public. 3e fausse bonne idée : laissons les entreprises se débrouiller entre elles pour construire le consortium concessionnaire .

Il est difficile de lancer une compétition forte dans laquelle s’affronte des consortia industriels, puis de ne pas savoir choisir un vainqueur et de demander aux adversaires d’hier de s’entendre. A ce moment, l’absence de "chef de file" industriel conduit le consortium ainsi constitué à l’impasse, sauf à ce que les industriels concernés souhaitent trouver un accord et soient capables de le bâtir.

4e fausse bonne idée : Galileo est per se un enjeu majeur, donc ce projet n’a pas besoin d’un champion pour aboutir. Or il est évident qu’une politique européenne sans soutien politique évident pour impulser une dynamique est vouée à sombrer dans les limbes.

La réalité montre ainsi les effets pervers ou inattendus de tels postulats de départ.

UNE TROP GRANDE COMPLEXITE ?

Aujourd’hui c’est la poursuite même de Galileo qui est en péril du fait d’un indéniable découragement face à un projet par trop complexe. Et les tergiversations européennes font le jeu des concurrents, américain mais pas uniquement...

Force est de reconnaître que les États-Unis n’ont jamais été favorables au projet européen et ont mis en avant tous les arguments possibles pour le torpiller, comme les risques d’interférences entre les deux systèmes. Jusqu’à communiquer intensivement en décembre 2005 sur les avantages du GPS de nouvelle génération la veille du lancement par Ariane du satellite Giove A, premier jalon de Galileo !

Faute de décourager les Européens, les États-Unis ont finalement conclu un accord de coopération en 2004. Mais la concurrence transatlantique reste de mise et tout retard est utilisé pour souligner que plus nous nous rapprochons de la nouvelle génération du GPS (2013), plus Galileo devient économiquement moins viable.

LE RISQUE DE LA DEPENDANCE

De son côté, la Russie a relancé son système GLONASS, initié pendant la guerre froide et achevé en 1995. L’effondrement de l’URSS a conduit à de graves défaillances, mais Vladimir Poutine a engagé une remise à niveau avec le lancement en 2003 de satellites de deuxième génération et d’études sur les troisième et quatrième générations.

La Chine n’est pas en reste. Si ses ambitions sont encore limitées et si elle s’est associée à Galileo, elle n’en développe pas moins sa propre constellation Beidou. Le premier satellite a été lancé en 2000 et la constellation sera totalement déployée en 2010 pour une couverture régionale.

L’Europe doit être capable d’ici au Conseil européen de décembre de dépasser ses limites génétiques pour assurer à la fois son autonomie stratégique et la maîtrise d’un domaine technologique vecteur de croissance et d’emplois. Sinon elle risque de finir, telle Blanche DuBois , dépendante de la gentillesse d’étrangers...


 


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