CIRPES - Centre Interdisciplinaire de Recherches sur la Paix et d'Etudes Stratégiques
---------------------------
<naviguer>
---------------------------

Le Débat stratégique

L’équipe

Les Cahiers d’études stratégiques

Le débat stratégique N° 89-Janvier 2007

Le débat stratégique N° 102 - Mars 2009

Le débat stratégique N° 90 - Avril 2007

Le débat stratégique n° 100 -Novembre 2008

Le débat stratégique N° 101 - Janvier 2009

Le débat stratégique N° 103 - Mai 2009

Le débat stratégique N° 104 - Juillet 2009

Le débat stratégique N° 105 - Septembre 2009

Le débat stratégique N° 106 - Novembre 2009

Le débat stratégique N° 107 - Janvier 2010

Le débat stratégique N° 108 - Mars 2010

Le débat stratégique N° 109 - Mai 2010

Le débat stratégique N° 110 - Juillet 2010

Le débat stratégique n° 79 - Mars 2005

Le débat stratégique n° 80 - Eté 2005

Le débat stratégique n° 81 - Septembre 2005

Le Débat stratégique n° 82 - Novembre 2005

Le débat stratégique n° 83-Janvier 2006

Le débat stratégique n° 84-Mars 2006

Le débat stratégique N° 85 Mai 2006

Le débat stratégique N° 86-Juillet 2006

Le débat stratégique n° 87 Septembre 2006

Le débat stratégique N° 88-Décembre 2006

Le débat stratégique n° 91 Mai 2007

Le débat stratégique n° 92 Juillet 2007

Le Débat stratégique N° 94 Novembre 2007

Le Débat stratégique N°93 Septembre 2007

Le débat stratégique N°95-Janvier 2008

Le débat stratégique N°96- Mars 2008

Le débat stratégique N°97 Juin 2008

Le débat stratégique N°98 Juillet 2008

Le débat stratégique N°99 Septembre 2008

---------------------------
<dans la même rubrique>
---------------------------

Fin de la « guerre juste », possibilité de « paix juste » ?

Le sursaut dans la guerre d’Iraq, selon Kissinger : dégradation du réalisme idéologique

Dénucléarisation de la planète ou adaptation à la transformation des guerres ?

Relations transatlantiques : émergence possible d’un leadership européen ?

Manœuvres alliées sur le sol africain : les Etats-Unis et la corne de l’afrique

Notes de lecture


Bienvenue > Le Débat stratégique > Le débat stratégique N° 89-Janvier 2007 > L’industrie des munitions : changement de paradigme

L’industrie des munitions : changement de paradigme

Yves Bélanger

Par Yves Bélanger, 18 février 2007

Le petit monde des munitionnaires s’engage depuis peu dans une véritable révolution qui vise le déploiement de munitions intelligentes. Les travaux menés dans les années 1980 sur des projectiles guidés par lasers (obus Copperhead américain et KPB soviétique) et la mise au point d’engins cargo (conteneurs) transportant des sous munitions dans les années 1990 (sous munition franco-suédoise Bonus et engin américain SADARM) engendrent aujourd’hui une série de programmes appelés à transformer radicalement le marché.

Guidage par GPS

D’ici peu, une nouvelle munition à guidage GPS appelée Excalibur, développée conjointement par le britannique BAE Systems et l’américain Raytheon, sera déployée sur les théâtres iraquien et afghan. Le coût élevé du système devrait en principe, selon les fabricants, être compensé par une réduction sensible du nombre de tirs et surtout par des frappes plus précises. Intégrant les acquis les plus concluants des recherches européennes et américaines, l’Excalibur suscite un intérêt suffisant pour inciter la concurrence à multiplier les efforts en vue de s’approprier une partie des budgets disponibles. C’est ainsi que le groupe américain d’armement terrestre Alliant Tech (ATK) travaille notamment à la mise au point d’un nouveau produit baptisé Saber dans l’espoir de concurrencer une des versions de l’Excalibur. ATK développe également une munition de mortier guidée avec précision [1]) et, tout comme Textron, le groupe s’intéresse de près aux munitions guidées pour chars. Raytheon, Lockheed-Martin et BAE élaborent de leur côté des projets pour canons navals de la marine américaine. General Dynamics, déjà associé à l’Excalibur, cherche de son côté à diversifier ses produits phares.

En Europe, l’intérêt croît également. BAE (via sa filiale Bofors), Nexter (ancien GIAT Industries), MBDA et QinetiQ ont formé le consortium Impaqt dans le but explicite de développer une nouvelle génération de munitions intelligentes et ce consortium a signé avec la DGA un un contrat de définition pour un démonstrateur de munition de Précision à Portée Accrue (MPPA). De leurs cotés, l’Italien Oto-Melara a créé le projet Vulcano et Les allemands Rheinmetall et Diehl se sont associés pour piloter le projet SMArt.

Deux tendances principales

Dans l’ensemble complexe des travaux en cours on peut distinguer deux tendances principales. La première tendance vise la production de conteneurs dotés de sous munitions guidées. Pour l’instant, la portée de ces systèmes reste limitée (35 à 40km) mais la mise au point de canons plus performants et de systèmes de propulsion d’appoint pourra permettre d’envisager une portée susceptible d’atteindre d’ici peu 70 à 100km et des tirs sans vision directe. Si ce but est atteint, les munitions intelligentes disposeront d’une niche au plan tactique qui assurera leur pérennité, malgré leur coût toujours élevé.

La seconde tendance table sur la capacité de rendre « intelligentes » les munitions existantes en leur intégrant une fusée (fuze) guidée. Aux États-Unis, l’association du tandem BAE-Diehl et d’ATK a franchi avec succès le cap des premiers essais et est en compétition pour le programme Precision Guided Kit (PGK). En Europe, Thales s’est associé à Diehl en vue de développer une famille de fusée. Les projets les plus audacieux parient sur la miniaturisation des systèmes de guidage dans le but de les assembler sur des munitions de moyen calibre tel le 40mm. Si les travaux menés sur les fusées mettent en production des systèmes guidés à coûts réduits, l’industrie des munitions subira des changements si fondamentaux qu’on ne la reconnaîtra plus d’ici quelques années seulement.

La fin des longues séries

On comprendra sans peine que ces technologies annoncent la fin prochaine des productions de longue série et des vastes arsenaux. Même s’ils s’accroissent, les budgets des programmes financeront des munitions dont les unités seront réduites en nombre, ce qui placera plusieurs usines dans une situation plus difficile qu’elle ne l’est déjà. Pour survivre dans le nouvel environnement technologique, les munitionnaires devront être en mesure de se doter d’une capacité de conception accrue, de s’appuyer sur des programmes porteurs et d’investir de façon significative en vue de moderniser leurs installations et d’améliorer leur capacité de conception. Comme plusieurs fabricants nationaux ne possèdent pas les moyens requis, un nouveau cycle de fusions, d’acquisitions et d’alliances stratégiques s’engagera très probablement.

L’achat récent des usines du munitionnaire canadien SNC Tech par le groupe américain General Dynamics (GD) est la conséquence directe des changements que nous venons de décrire. Alors qu’il était en mesure de faire valoir divers avantages, SNC Tech ne disposait pas des ressources humaines et financières pour lancer un processus de modernisation qui lui aurait permis de jouer dans la cour des grands. Le groupe devient donc le rouage d’une organisation plus vaste qui s’impose maintenant sur le marché mondial. Outre ses usines américaines, GD possède la firme espagnole Santa Barbara et peut miser sur un partenariat avec TDA, ancienne filiale commune de Thales et de Dasa, aujourd’hui sous contrôle total de Thales. General Dynamics a également un pied dans le programme Excalibur et, surtout, se révèle maintenant comme l’organisation la plus intégrée de l’industrie occidentale. GD peut tout faire, du propulsif à la plate-forme en passant par les projectiles, l’assemblage et les canons. En terme de ventes liées au domaine des munitions, GD occupe le deuxième rang derrière ATK.

Cette montée en puissance des firmes d’outre-atlantique dans la technologie terrestre de haut niveau implique que les fabricants européens dont l’expertise n’a plus à être démontrée dans le secteur des munitions vont être amenés à resserrer leurs rangs en vue de faire face au tandem américain. S’il faut croire les déclarations de Nexter et de Thales, la France pourrait bien se retrouver à nouveau à l’avant-plan du processus de regroupement en gestation.

Yves Bélanger Directeur du Groupe de recherche sur l’industrie militaire et la sécurité (GRIMS), Montréal


[1] Precision Guided Mortar Munition (PGMM

 


Imprimer cet article

Cet article au format PDF

  [Haut de page]